Philippe Lacheau n’a pas demandé la permission. En moins de dix ans, cet acteur-réalisateur a bâti l’une des franchises comiques les plus rentables du cinéma français, avec des entrées qui feraient rougir bien des productions à gros budget hollywoodien. Babysitting, sorti en 2014, avait récolté plus de 2,6 millions d’entrées en France — pas mal pour un found footage comique tourné avec une bande de copains.
Sa méthode est simple : prendre un concept pop culture (le buddy movie, le film d’espionnage, la comédie romantique), le tordre dans tous les sens avec son humour à lui, et embarquer toujours les mêmes complices — Tarek Boudali, Julien Arruti, Vanessa Guide. Résultat : une filmographie courte mais cohérente, avec un style reconnaissable entre mille. Tour d’horizon.
Les débuts : Babysitting et l’invention d’un style
Babysitting (2014) et sa suite (2015)
Tout commence avec Babysitting. Le concept tient sur un ticket de métro : un groupe de potes garde un bébé, ça part en vrille, et toute la soirée est filmée par les personnages eux-mêmes. Le format found footage, popularisé par Projet Blair Witch et Cloverfield, appliqué à une comédie de baby-sitting — personne n’y avait pensé avant. Philippe Lacheau co-réalise avec Nicolas Benamou et signe aussi le scénario.
Le film surprend tout le monde. 2,6 millions de spectateurs, une suite lancée dès 2015 (Babysitting 2, 2,1 millions d’entrées), et surtout la confirmation qu’il existe un public énorme pour ce type de comédie décomplexée. Le ton est donné : gags physiques, caméra portée, situations qui s’enchaînent à toute vitesse.
💡 Notre conseil
Si tu découvres la filmographie de Lacheau, commence par Babysitting : c’est le film le plus brut, le moins poli, et paradoxalement le plus attachant. La suite est efficace mais le premier opus a une énergie particulière.
La montée en puissance : Alibi.com et Nicky Larson
Alibi.com (2017) marque un vrai saut de production. Lacheau réalise seul cette fois, et l’ambition est visible : décors soignés, rythme plus maîtrisé, structure scénaristique plus classique. Le film raconte l’histoire d’une agence qui fabrique des alibis pour maris infidèles — jusqu’à ce que le patron tombe amoureux de la fille d’un client. 5,6 millions d’entrées. Record pour la bande.
Deux ans plus tard, il s’attaque à Nicky Larson et le Parfum de Cupidon (2019). Adapter le manga culte City Hunter pour le grand écran français, avec lui-même dans le rôle de Ryo Saeba — le geste est culotté. Les fans du manga pouvaient craindre le pire. Le film assume complètement son côté fan service, joue la carte de la nostalgie des années 90 sans complexe, et tire 2,7 millions de spectateurs en salle.
5,6 M
entrées pour Alibi.com — record absolu de la filmographie Lacheau
🎬 La période pandémie et le virage familial
2020 arrive, les salles ferment, et Lacheau sort quand même Adieu les cons… non, lui sort FlatSharing… En réalité, c’est Nicky Larson qui avait préparé le terrain, et c’est Opération Portugal (2021) qui tente de prendre le relais — même si ce film-là est réalisé par José Reis Reyes, pas par Lacheau lui-même. Il y joue un rôle de soutien, ce qui montre sa capacité à s’intégrer dans d’autres projets que les siens.
Son vrai film post-pandémie, c’est Alibi.com 2 (2023). La franchise la plus bankable de sa carrière revient avec une suite directe, toujours avec Tarek Boudali et Julien Arruti. La comédie joue cette fois sur le registre famille recomposée, un terrain très balisé mais que Lacheau maîtrise sans forcer.
✅ À retenir
La thématique famille revient dans presque tous ses films : père absent, couple recomposé, enfants qu’on essaie de gérer. C’est sa zone de confort narrative, et ça fonctionne parce que c’est sincère.
Sa méthode de travail : un cinéma de troupe
Ce qui distingue Philippe Lacheau des autres réalisateurs de comédie française, c’est la stabilité de son équipe. Tarek Boudali, Julien Arruti, Vanessa Guide — ils sont là depuis Babysitting et n’ont pas bougé. Ce système de troupe rappelle les Marx Brothers ou, en France, la bande à Augustin Trapenard — sauf que lui mise sur le physical comedy plutôt que le verbe.
Lacheau écrit aussi presque tout lui-même, souvent en collaboration avec ses acteurs. Ça donne une cohérence de ton rare dans le cinéma populaire français. On est loin du film de commande tourné avec des scénaristes interchangeables.
| 🎬 Film | 📅 Année | 👥 Entrées (France) |
|---|---|---|
| Babysitting | 2014 | 2,6 millions |
| Babysitting 2 | 2015 | 2,1 millions |
| Alibi.com | 2017 | 5,6 millions |
| Nicky Larson et le Parfum de Cupidon | 2019 | 2,7 millions |
| Alibi.com 2 | 2023 | ~1,8 million |
Pourquoi la critique le boude (et pourquoi ça ne change rien)
Soyons honnêtes : la presse spécialisée n’a jamais vraiment adopté Philippe Lacheau. Ses films récoltent rarement plus de 2 étoiles dans Télérama ou Les Cahiers du cinéma. Les arguments sont toujours les mêmes — humour trop large, scénarios prévisibles, personnages peu développés.
Ces reproches ne sont pas tous faux. Mais ils ratent l’essentiel. Le cinéma de Lacheau ne cherche pas à convaincre la critique. Il s’adresse à des gens qui veulent passer une bonne soirée avec des gags qui fonctionnent, et il le fait mieux que 90 % des comédies françaises contemporaines. La comédie populaire a toujours eu ce rapport conflictuel avec la légitimité culturelle — pensez aux films de Louis de Funès, méprisés à leur époque et aujourd’hui célébrés.
« La comédie est le genre le plus difficile à réussir et le moins bien considéré. C’est une injustice permanente. »
— Opinion partagée par de nombreux cinéastes de comédie, de Dany Boon à Michel Hazanavicius
🎯 Son influence sur la comédie française des années 2020
L’impact de Lacheau se mesure au nombre de copies. Depuis Babysitting, les comédies françaises en found footage se sont multipliées. Le modèle troupe d’acteurs récurrents + concept décalé + budget maîtrisé a été repris par d’autres (les productions Pathé notamment). Il a aussi montré qu’une comédie sans star bankable — au moment de Babysitting, personne ne connaissait vraiment Lacheau — pouvait cartonner si le bouche-à-oreille était là.
Son travail nourrit aussi une réflexion plus large sur l’image masculine dans le cinéma populaire. Les personnages qu’il joue sont souvent maladroits, affectueux, un peu immatures — loin du héros viril classique. Sur ce sujet, on peut d’ailleurs lire Films sur la barbe : ce que le cinéma dit vraiment de nos poils pour voir comment le cinéma construit et déconstruit les codes de la masculinité, même dans les détails les plus anodins. Et si tu t’intéresses aux tendances culturelles masculines au sens large, la rubrique Mode de Men First explore ces mutations avec un angle contemporain.
⚠️ À garder en tête
Les chiffres d’entrées cités sont ceux des premières semaines en salle + cumul final disponible au moment de la rédaction. Les données de streaming (Netflix, Prime Video…) ne sont pas publiques — impossible de savoir combien de personnes ont vu ces films en VOD.
Où voir les films de Philippe Lacheau aujourd’hui ?
La quasi-totalité de sa filmographie circule sur les plateformes de streaming françaises et internationales. Alibi.com et Babysitting ont tous deux été disponibles sur Netflix à différentes périodes. La situation change souvent selon les accords de licence — mieux vaut vérifier directement sur JustWatch pour savoir où les trouver en temps réel.
- Netflix : rotation régulière de ses titres, surtout Alibi.com
- Prime Video : Nicky Larson y a été disponible en France
- Canal+ : diffuse fréquemment ses films en première fenêtre TV
- France TV / TF1+ : rediffusions TV accessibles en replay
- Achat/location digitale : Apple TV, Google Play, Rakuten — option la plus fiable pour trouver n’importe quel titre à tout moment
Pour Alibi.com 2, le film est passé assez rapidement en SVOD après sa sortie salle en 2023. Le rythme de fenêtrage s’est accéléré depuis la pandémie — comptez 4 à 6 mois entre la salle et le streaming pour une comédie française populaire.
Questions fréquentes
Combien de films Philippe Lacheau a-t-il réalisés ?
Philippe Lacheau a réalisé cinq longs métrages en solo ou en co-réalisation : Babysitting (2014, avec Nicolas Benamou), Babysitting 2 (2015), Alibi.com (2017), Nicky Larson et le Parfum de Cupidon (2019) et Alibi.com 2 (2023). Il joue également dans d’autres comédies françaises sans en assurer la réalisation.
Quel est le film de Philippe Lacheau qui a fait le plus d’entrées ?
C’est Alibi.com (2017) avec plus de 5,6 millions d’entrées en France — un score exceptionnel pour une comédie française sans star internationale. C’est le record absolu de sa filmographie en tant que réalisateur et acteur principal.
Philippe Lacheau écrit-il lui-même ses scénarios ?
Oui, il est crédité au scénario de tous ses films en tant que réalisateur, souvent en collaboration avec ses acteurs réguliers comme Tarek Boudali et Julien Arruti. Cette implication dans l’écriture explique la cohérence de ton qu’on retrouve d’un film à l’autre.
Les films de Philippe Lacheau sont-ils disponibles sur Netflix ?
Plusieurs de ses films ont été disponibles sur Netflix en France, notamment Alibi.com et Babysitting. Le catalogue Netflix change régulièrement selon les accords de licence : il vaut mieux consulter un agrégateur comme JustWatch pour connaître la disponibilité en temps réel de chaque titre.
Quelle différence entre Babysitting 1 et Babysitting 2 ?
Le premier opus se déroule entièrement dans un appartement parisien, avec une ambiance de huis clos found footage. Le second ouvre le cadre — les personnages partent à l’étranger — ce qui dilue un peu l’énergie oppressante du premier. Babysitting 2 est plus ambitieux visuellement mais moins brut dans son humour.
Philippe Lacheau a-t-il joué dans des séries ?
Philippe Lacheau est principalement connu pour ses longs métrages cinéma. Il a débuté à la télévision dans la série Kaamelott d’Alexandre Astier, où il jouait un rôle secondaire. C’est cette exposition télévisée qui l’a fait connaître avant qu’il ne bascule définitivement vers le grand écran à partir de 2014.