Pendant longtemps, le cinéma et la télévision n’ont proposé des personnages trans que comme des rebondissements de scénario ou des silhouettes comiques, rarement comme des personnes à part entière. Les choses évoluent, lentement, à mesure que des cinéastes, des scénaristes et des actrices et acteurs trans prennent la place qui leur revient devant et derrière la caméra. Voici une sélection de films, séries et documentaires qui comptent vraiment, avec les précisions qui font la différence : qui a joué le rôle, quand l’œuvre est sortie, et sur quelle plateforme la retrouver quand l’information est vérifiée.
Les documentaires qui ont changé le regard
Sorti en 2020, Disclosure reste une excellente porte d’entrée sur le sujet. Le film est réalisé par Sam Feder, cinéaste trans, et produit par Laverne Cox, actrice révélée dans Orange Is the New Black. Il retrace des décennies de représentations trans à l’écran, des dessins animés aux thrillers hollywoodiens, avec les témoignages de dizaines de professionnels trans du cinéma américain.
Autre jalon : Kokomo City (2023), réalisé, écrit, filmé et monté par D. Smith, femme trans elle-même, suit quatre travailleuses du sexe noires et trans aux États-Unis. En France, Orlando, ma biographie politique (2023), signé Paul B. Preciado et diffusé par ARTE, réunit vingt-six personnes trans et non-binaires qui rejouent librement le roman de Virginia Woolf pour raconter leurs propres vies. Plus ancien, Bambi (2013), du réalisateur Sébastien Lifshitz, retrace le parcours de Marie-Pierre Pruvot, danseuse de cabaret parisien dans les années 1950. Côté nord-américain, The Stroll (2023, HBO) est coréalisé par Kristen Lovell et Zackary Drucker, deux réalisatrices trans, et revient sur l’histoire du quartier du Meatpacking District à New York, longtemps fréquenté par des travailleuses du sexe trans.
Des rôles trans joués par des actrices et acteurs trans
Le film chilien Una mujer fantástica (2017) a valu à Daniela Vega, actrice trans, une reconnaissance internationale pour son rôle de femme en deuil confrontée à la famille de son compagnon décédé. Aux États-Unis, Tangerine (2015) suit deux travailleuses du sexe trans à Los Angeles un soir de Noël, interprétées par Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor.
Plus récemment, Joyland (2022), film pakistanais, donne un rôle central à Alina Khan, actrice trans. Mutt (2023) suit une journée dans la vie d’un homme trans à New York, incarné par Lío Mehiel, personne actrice non-binaire. Le film d’horreur I Saw the TV Glow (2024), réalisé par la cinéaste trans Jane Schoenbrun, met en scène Jack Haven, personne actrice non-binaire. Et à Cannes, Monica (2022) confie son rôle-titre à Trace Lysette, actrice trans déjà remarquée dans Transparent. Autre exemple, plus discret : Something You Said Last Night (2022), film canadien réalisé par Luis De Filippis, cinéaste trans, met en scène l’acteur trans Carmen Madonia dans le rôle d’une jeune femme en vacances avec sa famille.
Ce que les séries ont changé
Impossible de parler de séries sans citer Pose (2018-2021, FX), coécrite par Janet Mock, femme trans, avec au casting MJ Rodriguez, Indya Moore, Dominique Jackson, Hailie Sahar et Angelica Ross, toutes actrices trans. La série a raconté la culture des ball rooms new-yorkaises des années 1980-1990 sans en faire un simple décor exotique.
En Espagne, Veneno (2020, Atresplayer Premium) retrace la vie de la chanteuse et présentatrice trans La Veneno, avec trois actrices trans, Jedet, Daniela Santiago et Isabel Torres, qui se relaient pour l’incarner à différents âges. Au Royaume-Uni, Boy Meets Girl (2015-2016, BBC Two) confie son rôle principal à Rebecca Root, actrice trans. Côté français, la série quotidienne Plus belle la vie a fait entrer un homme trans, Dimitri, joué par l’acteur trans Jonas Ben Ahmed, dans le paysage télévisuel du service public, une première pour une fiction quotidienne française. Toujours au Canada, la série Sort Of (2021-2023, CBC) est créée, écrite et portée par Zaiba Baig, personne transféminine, autour d’une jeune nounou en questionnement sur son genre.
Un piège à connaître : le rôle trans confié à un acteur cisgenre
Certains films récompensés posent question une fois qu’on regarde qui est derrière le rôle. Dallas Buyers Club (2013) confie un personnage trans à Jared Leto, acteur cisgenre. The Danish Girl (2015), inspiré de la vie de la peintre danoise Lili Elbe, fait de même avec Eddie Redmayne. La série Transparent (2014-2019) a par ailleurs été marquée par le renvoi de son acteur principal, Jeffrey Tambor, cisgenre, pour harcèlement sexuel envers des collègues trans.
En France, une lettre ouverte signée par des actrices et acteurs trans en 2020 et publiée par Têtu rappelait une évidence trop souvent oubliée : les acteurs et actrices trans existent bel et bien, et il est possible de leur confier les rôles qui les concernent directement plutôt que de continuer à les rendre invisibles.
Après l’écran, la vraie vie
Ces films et séries donnent à voir des histoires, et c’est déjà beaucoup. Mais voir une histoire ne remplace pas la rencontre. C’est le pari d’espaces numériques pensés dans l’autre sens : plutôt que de laisser les personnes trans et non-binaires se croiser par hasard sur des applications généralistes, T4TSpace a construit une application de rencontre par et pour les personnes trans et non-binaires, avec une vérification manuelle de chaque profil par une personne réelle. Pour prolonger le sujet, ce tour d’horizon des films et séries avec des personnages trans et non-binaires creuse encore la question de la représentation à l’écran, pendant que T4TSpace s’occupe de la rencontre, une fois l’écran éteint.
Pour aller plus loin
Pour mieux comprendre les enjeux de représentation à l’écran, deux lectures utiles : cet article de Têtu sur les actrices et acteurs trans dans des rôles trans, et ce panorama de Konbini sur les personnages trans qui ont marqué l’histoire des séries. L’association OUTrans propose de son côté un lexique et des ressources pour qui veut aller plus loin sur les questions trans.