25 films officiels. 6 acteurs pour incarner le même personnage. Une franchise qui a survécu à la Guerre froide, à l’ère numérique et à plusieurs tentatives de reboot raté. La saga 007 est l’une des rares à avoir réussi à se réinventer sans jamais vraiment rompre avec son ADN — le martini, le gadget, la fille, la menace mondiale. Et pourtant, chaque film raconte quelque chose de différent sur l’époque qui l’a produit.
Que tu veuilles te lancer dans la saga de zéro ou retrouver un épisode oublié, cet article décortique les grandes périodes de la franchise, les films qui valent vraiment le détour, et ceux qu’on peut se permettre d’éviter sans remords.
Une saga construite sur 60 ans de cinéma d’action
Des débuts qui posent toutes les règles
Dr No sort en 1962. Sean Connery enfile le smoking, commande son vodka-martini, et pose les bases d’une formule qu’on retrouvera dans quasiment chaque film de la franchise : mission secrète, antagoniste mégalomane, gadgets improbables, et au moins deux scènes d’action qui défient la gravité. Le film coûte un million de dollars. Il en rapporte soixante. La machine est lancée.
Les cinq premiers films avec Connery (Dr No, Goldfinger, Bons baisers de Russie, Thunderball, On ne vit que deux fois) définissent ce qu’on appelle le « Bond classique ». Goldfinger reste probablement le plus cité : la voiture Aston Martin DB5, le laser, Oddjob et son chapeau. Difficile de faire plus iconique.
Les années Roger Moore : entre humour et excès
Roger Moore prend le relais en 1973 avec Vivre et laisser mourir. Le ton change radicalement. Moore joue Bond avec une ironie permanente, une légèreté presque parodique. Certains adorent, d’autres trouvent ça trop facile. L’Espion qui m’aimait (1977) reste son meilleur épisode — le méchant Jaws, la Lotus Esprit sous-marine, un rythme qui tient encore aujourd’hui. Moonraker (1979), lui, part carrément dans l’espace pour surfer sur la vague Star Wars. Résultat mitigé, disons.
💡 Notre conseil
Si tu découvres la saga Moore, commence par L’Espion qui m’aimait ou Pour vos yeux seulement plutôt que Moonraker. Tu auras une bien meilleure impression de cette période.
Le renouveau des années 1990-2000
Timothy Dalton et Pierce Brosnan : deux visions opposées
Timothy Dalton n’a tourné que deux films (Tuer n’est pas jouer, Permis de tuer) mais ils méritent d’être réévalués. Bond y est plus sombre, plus humain, presque vénéneux. Trop en avance sur son temps — le public de 1989 voulait encore le Bond glamour de Moore.
Pierce Brosnan arrive en 1995 avec GoldenEye et relance la franchise à vitesse grand V. Le film sort quatre ans après la fin de la Guerre froide, et ça se sent : l’histoire explore une trahison au sein même des services secrets britanniques, un Bond contre un autre Bond raté. C’est intelligent. Les trois films suivants (Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas, Meurs un autre jour) descendent progressivement en qualité, jusqu’à ce char invisible dans Meurs un autre jour qui fait encore ricaner les fans.
25
films officiels dans la saga EON Productions depuis 1962
L’ère Craig : quand 007 se prend enfin au sérieux
Daniel Craig débarque en 2006 avec Casino Royale et tout le monde crie au scandale — un Bond blond, musclé, qui pleure ? La sortie du film réduit les critiques au silence. Casino Royale est probablement le meilleur film de la saga : un Bond avant Bond, une histoire d’amour qui finit mal, des scènes d’action sans effets numériques grotesques.
Skyfall (2012) confirme le talent de Sam Mendes à la réalisation. Javier Bardem en méchant obsessionnel, une mise en scène léchée, et une vraie réflexion sur la pertinence de Bond dans un monde de cyberattaques. 908 millions de dollars au box-office mondial. Le troisième film le plus rentable de la franchise.
✅ À retenir
L’ère Daniel Craig (5 films, 2006-2021) a transformé 007 en franchise dramatique crédible. Même Mourir peut attendre, malgré ses défauts de rythme, propose une conclusion émotionnellement risquée pour un personnage aussi mythique.
🎯 Quel film 007 regarder selon ce qu’on cherche ?
Pour l’action pure
Trois films s’imposent sans discussion :
- GoldenEye (1995) — le tank dans Saint-Pétersbourg, la poursuite en Ferrari, un rythme qui ne faiblit pas.
- Casino Royale (2006) — la scène d’ouverture en parkour, le poker sous tension, la torture sur chaise.
- Skyfall (2012) — le métro de Londres, la confrontation finale en Écosse, la photographie de Roger Deakins.
Pour comprendre l’évolution du personnage
Regarder la saga dans l’ordre chronologique des acteurs révèle quelque chose d’intéressant : chaque Bond reflète les angoisses de son époque. Connery incarne la certitude de la puissance occidentale. Moore joue avec la dérision post-Vietnam. Brosnan surfe sur le triomphalisme des années 90. Craig questionne tout ça frontalement — la violence, la loyauté, l’identité.
Le cinéma dit souvent plus sur une société que n’importe quel discours. D’ailleurs, si tu t’intéresses à ce que les films révèlent sur les codes masculins, l’article Films sur la barbe : ce que le cinéma dit vraiment de nos poils explore cette idée avec un angle original.
Pour une soirée décontractée
Les Moore se regardent très bien en mode décompression. L’Homme au pistolet d’or (1974) avec Christopher Lee en antagoniste, Rien que pour vos yeux (1981) qui retrouve un ton plus sobre. Pas besoin de connaître toute la continuité — chaque film de cette période fonctionne de façon autonome.
⚠️ À garder en tête
Les films Moore et Connery contiennent des scènes qui ont très mal vieilli — rapports de genre, stéréotypes culturels. On les regarde avec le prisme historique qu’ils méritent, pas comme modèles à suivre.
Les méchants, les gadgets, les Bond girls : ce qui fait la franchise
Les antagonistes qui ont marqué
Un bon film 007, c’est d’abord un bon méchant. Quelques exemples qui tiennent la route :
- Goldfinger (Gert Fröbe, 1964) — le prototype parfait, avec son obsession pour l’or et son plan démesuré.
- Jaws (Richard Kiel, 1977-1979) — deux films, zéro dialogue ou presque, une présence physique inoubliable.
- Silva (Javier Bardem, 2012) — ambigu, perturbant, avec une scène d’introduction qui vaut à elle seule le film.
- Le Chiffre (Mads Mikkelsen, 2006) — un financier du terrorisme qui pleure du sang. Sobre et efficace.
Les gadgets : entre génie et ridicule assumé
Q Branch est le département qui fournit à Bond ses équipements. L’Aston Martin DB5 avec siège éjecteur reste l’objet le plus emblématique de toute la franchise. Vient ensuite le jet-pack de Thunderball, la montre magnétique de Vivre et laisser mourir, ou le stylo grenade de GoldenEye. Dans Casino Royale, Q n’apparaît même pas — Bond reçoit juste une carte bancaire. Signal fort sur le changement de registre voulu par la production.
Un univers qui influence la mode et le style masculin
Bond a toujours eu une influence directe sur les codes vestimentaires masculins — le smoking Anthony Sinclair, les montres Omega Seamaster, les chemises à col boutonné de Craig. Si ce territoire t’intéresse, le site Mode de MenFirst traite régulièrement de ces références avec un angle contemporain.
| 🎬 Acteur | 📅 Période | Nb de films | Film à voir |
|---|---|---|---|
| Sean Connery | 1962–1967 | 6 | Goldfinger |
| Roger Moore | 1973–1985 | 7 | L’Espion qui m’aimait |
| Timothy Dalton | 1987–1989 | 2 | Permis de tuer |
| Pierce Brosnan | 1995–2002 | 4 | GoldenEye |
| Daniel Craig | 2006–2021 | 5 | Casino Royale |
Et maintenant — qui sera le prochain 007 ?
Un casting suspendu depuis 2021
Depuis la sortie de Mourir peut attendre en octobre 2021, la question du successeur de Craig tourne en boucle. La productrice Barbara Broccoli a multiplié les déclarations sibyllines. Plusieurs noms circulent — Aaron Taylor-Johnson, Regé-Jean Page, Tom Hardy — mais rien d’officiel à ce stade. La franchise prend visiblement le temps de réfléchir à ce que sera Bond pour les vingt prochaines années.
Une réinvention nécessaire
La vraie question n’est pas juste « qui » mais « quel Bond ». Continuer la continuité dramatique de Craig ? Repartir sur quelque chose de plus léger ? Rebooter complètement avec un acteur plus jeune ou un profil plus inattendu ? EON Productions a déjà montré qu’elle sait prendre des risques — Craig lui-même était un choix jugé improbable en 2005. La franchise a survécu à pire que l’incertitude.
« Bond est un personnage fictif. Ce qui change, c’est le regard que la société pose sur lui. »
— Barbara Broccoli, productrice, interview au Guardian (2022)